Gran Turismo 7 n’est pas une vraie simulation d’après les pilotes pros

Gran Turismo 7 n’est pas une vraie simulation d’après les pilotes pros

A l’heure où les jeux de course se targuent d’être de véritables simulateurs, nous avons interrogé quelques pilotes de course réels, adeptes des circuits virtuels. Entraînement, apprentissage, plaisir de conduire, ils passent volontiers derrière un écran pour pratiquer leur métier mais ne sont pas fournis par les mêmes titres que le grand public, et n’ont pas demandé des mots doux pour Gran Turismo 7, F1 ou Forza Sport automobile.

Des jeux de courses pour consoles Xbox et PlayStation

« Le vrai simulateur de conduite » ! Depuis l’ère PS1, la série Gran Turismo est devenue le véritable simulateur de course. Évoluant au fil des performances des consoles PlayStation, le moteur physique comme les contrôles se sont largement améliorés au fil des années, intégrant de nombreux paramètres de la réalité et proposant une compatibilité au volant plus avancée que jamais. Et le tout en gardant un système d’aides à la conduite pour ne pas perdre sa cible principale : le grand public.

Ainsi les titres comme Gran Turismo 7, Forza Motorsport 7 ou même F1 22, se doivent aujourd’hui de faire le grand écart entre un public de débutants jouant à la manette, parfois de jeunes joueurs découvrant la pratique, et des amateurs plus aguerris équipés d’un pédalier et d’un volant. Et de cette nécessité de séduire un plus large panel de joueursde les faire jouer ensemble en multi, naissent alors quelques compromis tant sur les règles de course que sur l’exigence même de la pratique, à savoir le contrôle de son véhicule.

Des simulateurs pour les vrais pilotes avec Assetto Corsa Competizione

Ou dans le même temps, des simulations plus pointues, plus mises au niveau des modèles physiques, ont su se développer et trouver un public de connaisseurs. On pourra numéroter Assetto Corsa, sa version Competizione, mais aussi iRacing, Raceroom, RFactor 2 ou encore AutoMobilista. Amateurs de courses virtuelles, pilotes réels du dimanche et même professionnels, utilisent ces titres pour apprendre des circuits réels, y travaillent leurs courbes, leurs freins, souvent au volant de la voiture qu’ils présentent dans la réalité. L’approche est différente, l’exigence d’un autre niveauet sans que l’on ait obtenu la moindre équivalence entre réalité et virtuel, ces jeux sont désormais considérés comme de véritables outils pour parfaire sa conduite dans la réalité.

Ainsi, nous nous sommes rendus sur le Circuit Paul Ricard du Castellet à l’occasion du passage du Fanatec GT World Challenge Europe pour questionnaire de véritables pilotes professionnels de voitures en catégorie GT3 et GT4, sur leur utilisation de ces jeux de course qui leur permettent de faire la différence une fois sur le circuit réel. Une bonne occasion de voir leur parcours, les ponts entre simulation et réel, les titres qu’ils ont utilisés et qu’ils utilisent aujourd’hui, et enfin le matériel qu’ils ont entre les mains pour jouer ou s’entraîner.

QuickGabi : Pilote GT4 et streameuse sur Twitch

Gran Turismo 7 n'est pas une vraie simulation d'après les pilotes pros

Gabriela Jilková est pilote titulaire de l’écurie Drago Racing Team ZVO depuis le début de l’année, après une année dans la Team Zakspeed. Elle est aussi streameuse sur Twitch sous le nom de QuickGabi. Du haut de ses 26 ans, cette course professionnelle enchaîne les circuits à travers l’Europe, sur des tracés qu’elle découvre souvent pour la première fois au début du week-end de compétition. Nous lui avons donc demandé comment elle s’entraînait.

Sur le week-end, nous avons peu de temps pour les essais, avec au mieux deux ou trois sessions en Free Practice avant les séances de qualification. Donc la plupart du temps, avant de venir, je m’entraîne sur simulateur à la maison. C’est très utile si nous devons nous rendre sur un circuit où nous ne sommes jamais allés auparavant. Par exemple ici, au Castellet, j’ai pu faire des centaines de tours pour apprendre les différents virages. Et c’est même quelque chose que je fais avant un circuit que je connais, car dans tous les cas celà reste un bon entraînement.

Évidemment, nous avons voulu savoir quels jeux, ou quels logiciels de simulation elle utilisait :

Celà dépend des circuits, car tous ne sont pas disponibles partout. Je passe donc d’iRacing à Raceroom ou Assetto Corsa. Je cherche toujours le jeu le plus réaliste en termes de circuit comme en termes de comportement du véhicule. Gran Turismo, j’y jouais sur PS1, quand j’allais au jardin d’enfants. Mais non, ce n’est pas un simulateur à proprement parler. Ce n’est pas quelque chose qui vous aide à mieux conduire sur piste. J’y joue parfois avec des amis avec une manette, mais je n’y vois vraiment pas une aide à la préparation.

Gabriela Jílková joue sur une base VRS DirectForce, avec un volant Cube Controls et un pédalier Heusinkveld. Vous pouvez la retrouver directement
sur sa chaîne Twitch
où elle diffuse régulièrement ses cours et entraînements en jeu, même si de son aveu personnel, elle n’est pas encore aussi rapide en virtuel que sur circuit réel. Pour ceux qui sont décrits et qui n’ont pas peur de l’anglais, vous pouvez retrouver ici cette interview en intégralité.

Arthur Rougier : eSport et course réelle en GT3

Pilote de l’écurie Emil Frey Racing sur Lamborghini Huracan GT3 EVO, Arthur Rougier mélange depuis ses débuts les cours virtuels et réels. Lors de l’épreuve Fanatec eSport GT Pro Series de ce week-end au Castellet, Arthur a terminé 3ème dans la catégorie Pro, rapportant 3 points bonus comptant pour le championnat GT3. Un spécialiste de la simulation virtuelle qui nous partage son parcours, son rapport aux simulateurs, les simulations qu’il utilise et le matériel qui va avec, dans cette vidéo en Français.

Au début je jouais sur la Formule 1, donc c’était plus un jeu qu’un simulateur, sur un simulateur d’entrée de gamme. J’ai commencé comme ça quand j’avais 12 ans. Et en parallèle j’ai commencé ma carrière sportive en réel, et j’ai vite trouvé qu’il y avait moyen de lier les deux pour que ce soit positif dans les deux sens.

Nous lui avons donc demandé à quoi lui servait son simulateur aujourd’hui :

Déjà, le simulateur sert à apprendre les nouveaux circuits. Aujourd’hui, c’est un élément clé pour tout pilote. Ça permet de garder énormément de temps et même sur un circuit que je ne connais pas, en trois ou quatre tours je peux être à trois dixième de ce que je peux faire au mieux plus tard dans le week-end. Et ça permet de gagner beaucoup de temps pour les équipes quand le pilote est prêt rapidement et donc d’optimiser le week-end au mieux.

Quelles sont les simulations utilisées pour la préparation de cours ?

Selon les circuits et les demandes. Je fais aussi les courses en simu, donc je m’adapte au championnat où je roule, comme Assetto Corsa Competizione pour le GT World Challenge eSport. Mon jeu préféré en termes de sensations c’est peut être iRacing, avec le système de communauté pour jouer en ligne, c’est vraiment super. J’ai aussi roulé sur RFactor 2 pour les 24h du Mans virtuelles. Ce sont les 3 logiciels que j’utilise, en fonction des pistes qui sont disponibles.

Des jeux plus accessibles comme Gran Turismo, Forza, F1, ce sont des jeux auxquels tu joues encore ?

Plus du tout. J’ai toujours joué en F1, une série que j’aime bien, quand c’était “pas sérieux” pour moi, que c’était un amusement. J’avais aussi Gran Turismo 5 sur PS3. Et depuis, je n’y joue plus du tout. Pour moi ça va plus être des jeux. En termes de réalisme, ça perd un petit peu par rapport aux trois plateformes que j’ai citées.

Arthur Rougier s’entraîne sur un simulateur en profilé d’aluminium, avec un grand écran incurvé, un pédalier Heusinkveld, une base Simucube et un volant Cube Controls. Si son setup informatique et hardware a été rapidement mis en place et réglé, avec l’aide de la communauté, Arthur passe beaucoup de temps sur les réglages de son véhicule virtuel. C’est pour lui une des clés essentielles pour réaliser de bons temps en cours.

Raffaele Marciello : Le plus rapide en eSport comme en GT3

Gran Turismo 7 n'est pas une vraie simulation d'après les pilotes pros

Raffaele Marciello est le pilote phare de l’écurie Akkodis ASP Team, actuel leader du championnat Fanatec GT World Challenge avec sa Mercedes-AMG GT3. Il a d’ailleurs ce jour-là remporté la compétition eSport en terminant premier de la catégorie Pro, rapportant 5 points à son équipe, en plus des 24 points remportés en course réelle. Ce spécialiste des simulateurs, a commencé dans le réel dès l’âge de 3 ans en karting, et est passé par les écuries F1 Ferrari, Sauber, respectivement en tant que testeur et 3ème pilote. Une pointure qui nous explique ici son rapport à la simulation.

J’ai commencé avec Gran Turismo 1 quand j’avais 3-4 ans. Je me considère comme un Nerd, j’aime la technologie, je monte mes propres PC, et même si je manque de temps parce qu’il faut s’entraîner pour être rapide, je suis passionné de jeux vidéo en général.

Quand on lui demande quelle est la place de la simulation dans son métier actuel, Raffaele tient à peu près le même discours que nos deux pilotes précédents, sauf que lui n’en a pas particulièrement besoin :

La simulation est aujourd’hui un plaisir parce que j’ai la chance de conduire très souvent. Mais c’est un super outil pour les jeunes pilotes, pas pour ressentir la voiture, mais pour utiliser correctement le frein, et les choses comme ça. Ce n’est pas une vraie voiture, on n’a pas l’impression de vitesse, mais c’est un bon outil pour comprendre le comportement d’une voiture dans son ensemble.

Et pour les simulations qu’il utilise ou apprécie, ce sont les mêmes références qui sont citées, mais avec un avis assez différent :

En GT3, Assetto Corsa Competizione. Je n’aime pas trop le comportement de iRacing en GT3. Mon plaisir c’est Assetto Corsa Competizione. J’ai aussi une plateforme avec Gran Turismo 7, un volant Podium de Fanatec. GT7 est super, c’est un bon jeu pour débuter, pour moi un souvenir d’enfant, que j’utilise pour le plaisir de la collection de voitures. Il ne faut pas le prendre au sérieux mais c’est aussi un très bon jeu avec des graphismes impressionnants.

Pour son setup PC, Raffaele utilise un cockpit aluminium avec 4 écrans, un PC architecturé autour de la RTX 3090 et un setup basé sur le Simucube. Il possède aussi un setup PS5 avec Racing Wheel F1 de Fanatec.
Vous pouvez retrouver son interview complète sur Youtube
mais on vous prévient, c’est totalement en anglais non sous-titré.

Assetto Corsa, iRacing, Raceroom, les nouveaux champions du simracing

Finalement, ce qui ressort de ces interviews, c’est que des plateformes spécialisées dans la simulation des comportements des véhicules sont plus utiles aux pilotes professionnels ou amateurs que des titres plus ouverts comme Gran Turismo 7 ou Forza motorsport 7. Ces derniers, et même la série F1, sont plutôt proposés comme des jeux pour ces pilotes en recherche de réalisme pur, qui trouvent dans des titres comme Assetto Corsa Competizione, iRacing ou Raceroom, un bon outil pour travailler sa connaissance du circuit, ses freins et même, dans une moindre mesure, ses réglages.

Maïs chacun d’entre eux a reconnu avoir eu entre les mains des best sellers comme Gran Turismo 1 ou Formula One pour, lorsqu’ils étaient enfants ou encore aujourd’hui, et avoir pris ou prendre encore plaisir à la course. De quoi justifier les compromis réalisés par ces jeux grand-public ? Peut être pour les débutants, les amateurs de course rapide, les collectionneurs de voiture. Sûrement moins pour les simracers équipés d’un volant, d’un cockpit et qui, avec l’arrivée d’Assetto Corsa Competizione sur consoles de dernière génération, et les nombreuses évolutions de iRacing ou Raceroom, touchent du doigt les nouvelles frontières que proposent les simulateurs automobiles les plus pointus, désormais jouables par tous.

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